article · Issue No. 11, December 1948 · p. 35 p. 36
The Lebanese Village
Le Village Libanais · Laure Georges Tabet
The Lebanese village is exquisite: clinging to the flank of the mountain, all trim and smiling, it delights the eye with its neatness and with the friendly welcome of its inhabitants.
It is a pleasure for the tourist to cross the threshold of one of its houses and admire the fine order of the mattresses piled beneath the coverlet, waiting for night to be spread out and receive the weary limbs of the peasant who has well earned his day.
The aroma of the "mejjadara" escapes deliciously from the pot, and one understands then why Esau sold his birthright for a dish of lentils.
The Lebanese village is hospitable: not that wealth reigns there! Unlike the peasants of other countries, ours is no hoarder. The woolen stocking he scarcely knows. Careless of the morrow, he loves good living, the "arack" and the "mezzé" that make him forget the cares of the hour. Master of his little house and of the patch of ground that surrounds it, he is content with them and lives like a prince in an idyllic landscape that moves him to poetry.
So it is that most of our troubadour poets are of village origin: the humblest shepherd, on his pipes, improvises an ode to Leila as the flock returns docilely to the fold.
The sweetness of summer evenings inspires the dream, creates the images: and what is sweeter than our Lebanese nights, with the starry sky always pure above our heads?
What is more enchanting than the gatherings at the water's edge, at the hour when the young girls, bearing the amphora, come to draw the water needed for the cares of the household; gracefully they bend at the waist, offering drink to the passers-by. It is the hour of chatter; the whole life of the village is concentrated in these restful minutes that precede the last gleams of the dying day.
Indeed, the whole year long Lebanon sings; rather like the cicada, it lets itself willingly be led by the "dabké" and the "ataba."
It was singing that the girls of Jounieh and Sarba — before the magnificent panorama of the famous bay where the venerated Patriarch Hoyek let his ring fall — learned to embroider under the patient gaze of the Ladies of the Society for the Revival of Lebanese Handicrafts.
It was singing that the peasant women of Bchemoun and Ain Enoub learned to knit in the shadow of the ruined castle of Sitt Hebbous.
Hsarat, a lost village of the Jbeil region, without water, without possible cultivation, where communism was taking root, has been cured of it thanks to the weaving of raphia, producing the pretty American table sets that have such success. Prosperity and gladness have returned there, thanks to handicrafts.
For despite his tendency to idleness, to which the mildness of the climate and the beauty of his surroundings invite him, the Lebanese peasant is active and industrious — witness those rows of terraces that rise in tiers across the mountain, holding the arable soil and permitting cultivation on the rocky slopes.
Deeply believing, Lebanon rallies its sons around their respective bell-towers, bastions of all faith and all hope.
Le village libanais est exquis : accroché au flanc de la montagne, tout coquet et riant, il réjouit l'œil par sa netteté et l'accueil aimable de ses habitants.
C'est un plaisir pour le touriste, de franchir le seuil d'une de ses maisons et d'admirer le bel ordre des matelas empilés sous la couverture, attendant la nuit pour être étendus et recevoir les membres las du paysan qui a bien gagné sa journée.
Le fumet de la « mejjadara » s'échappe délicieusement de la marmite et l'on comprend alors qu'Esaü ait vendu son droit d'aînesse pour un plat de lentilles.
Le village libanais est accueillant : non point que la richesse y règne ! A l'encontre des paysans d'autres pays, le nôtre n'est pas thésauriseur. Le bas de laine, il ne le connaît guère. Insouciant du lendemain, il aime la bonne vie, l'« arack » et les « mezzé » qui lui font oublier les soucis de l'heure. Maître de sa maisonnette et du lopin de terre qui l'entoure, il s'en contente et vit comme un prince dans un paysage idyllique qui l'incite à la poésie.
Aussi la plupart de nos poètes troubadours sont d'origine villageoise : le moindre pâtre, sur ses pipeaux, improvise une ode à Leïla, lorsque le troupeau regagne docilement l'étable.
La douceur des soirs d'été inspire le rêve, crée les images : et quoi de plus doux que nos nuits libanaises avec le ciel étoilé toujours pur au dessus de nos têtes.
Quoi de plus enchanteur que les réunions au bord de l'eau, à l'heure où les jeunes filles portant l'amphore viennent puiser l'eau nécessaire aux soins du ménage ; gracieusement, elles plient la taille, offrant à boire aux passants. C'est l'heure des caquetages, toute la vie du village se concentre en ces minutes reposantes précédant les dernières lueurs du jour qui s'éteint.
D'ailleurs c'est tout le long de l'année que le Liban chante ; un peu comme la cigale, il se laisse volontiers conduire par le « dabké » et le « ataba ».
C'est en chantant que les filles de Jounieh et de Sarba, devant le panorama magnifique de la baie fameuse où le Vénéré Patriarche Hoyek laissa tomber son anneau, apprenaient à broder sous le regard patient des Dames de
la Société de Relèvement de l'Artisanat Libanais.
C'est en chantant que les paysannes de Bchemoun et de Ain - Enoub apprenaient le tricot à l'ombre du château en ruines de Sitt-Hebbous.
Hsarat, village perdu de la région de Djebeil, sans eau, sans culture possible, où le communisme s'implantait, en a été guéri grâce aux travaux de tissage de raphia, produisant les jolis services américains qui ont tant de succès. Prospérité, allégresse y sont revenues grâce à l'artisanat.
Car, malgré sa tendance à la paresse à laquelle l'invitent la douceur du climat et la beauté des lieux, le paysan libanais est actif et industrieux, témoins ces alignements de terrasses qui s'étagent à travers la montagne, maintenant la terre arable et permettant la culture sur les pentes rocheuses.
Profondément croyant, le Liban rallie ses fils autour de leurs clochers respectifs, bastions de toute foi et de tout espoir.
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