article · Issue No. 11, December 1948 · p. 37 p. 39 p. 40
Lebanese Handicrafts
L'Artisanat Libanais
"There is great misery in the villages . . . . . . . . . . . . ." This most poignant line of Georges Chéhadé sums up in a few words the origin of a very great work. Indeed, the acute crisis of the years that preceded the last great war having made the situation in the mountain almost tragic, the poverty that followed upon unemployment became so alarming that a veritable rural exodus was to be feared, endangering the future of the peasants, and perhaps definitively compromising the heritage of the fine ancestral virtues handed down from generation to generation.
The evil had to be checked at its beginnings at any cost, or at the very least its damage limited...
Thanks to the admirable and courageous initiative of Madame Emile Eddé, seconded in her devotion by an elite of ladies of the best society, the revival of the Lebanese Artisanat, a national work above all others, was to be born without delay. By bringing back to life the fine trades of former days, which had made the renown of Lebanese craftsmanship, hundreds of families could be helped, while allowing them to remain in their own homes.
Like all undertakings of this scope, the Artisanat has had, since its founding, to face the greatest difficulties in order to live and to grow.
It was necessary, before all else, to know the needs of the country, to study closely the possibilities of the villages, to make the trades already in existence prosper, to revive them where they had declined, even to create them where there had never been any.
Moreover, it was necessary to recruit willing hands, to find an exhibition hall in the center of the capital, to assure the sale of the products, and above all to finance the work.
A lottery made it possible to gather the first funds. A little later, government aid, individual gifts, the subscriptions, and above all the generosity of the emigrants made the full realization of the project possible. The work was launched — not without difficulty, to be sure — but the results were at once consoling. Godmothers were assigned to each village to distribute the work, oversee its execution, and help in perfecting the production. Very quickly, it must be acknowledged, they instilled in the artisans the taste for work well done, and the public gave their efforts a warm welcome. The war momentarily cut short this remarkable rise. Raw materials became scarce and exorbitant in price. Means of transport difficult and costly. America no longer sent anything. The new situation had to be faced. The ladies of the work spent themselves without counting the cost to make up for all these deficiencies, and their zeal was not long in being rewarded.
"The Artisanat knew, thanks to them, a great expansion. Imports being impossible because of the war, local orders became more numerous and better paid."
The exhibition hall, situated on the entresol of the Parliament, became much frequented; the sales figure increased; the subscriptions, the contributions, the gifts flowed in.
The Artisanat radiated across the whole mountain. Some forty villages were visited. More than a thousand workers received work.
In these last years, the re-establishment of communications with the outside world has lessened the intensity of production. The ease of exchange with foreign countries, the enormous influx onto the market of manufactured articles at modest prices, the difficulty one still finds in obtaining certain raw materials — such as raffia and cotton yarn — continue to bring about a slowing in the sale of our products. Certain villages have had to be abandoned for want of raw materials.
Others have seen their orders diminish. On the other hand, some remain very prosperous, thanks to the exceptional quality of their production and to the tireless zeal of their godmothers, ever devoted, ever faithful, ever indefatigable, pursuing without respite the arduous task they have been good enough to take upon themselves. The weavings of Zouk continue to be extremely prized. The woolen layettes of Ghazir, the wool lace of Haret Sakhr, the basketry of Majdalaya, the socks, the gloves, the needle lace of Araya. The sweaters of Jbeil,
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the embroideries of Jounieh and its surroundings, the woolens of Choueifat, the Breton lace of Deir el-Kamar and Beiteddine, the American table sets of Hsarat, the fine lingerie and the luxury knitwear of Beirut, always much in vogue, pay eloquent homage to the careful work of the artisans, as to the devotion and competence of the persons in charge of the enterprise.
Although the turnover has reached 200,000 (two hundred thousand) Lebanese liras, the receipts made up of the annual subscriptions and gifts now amount to no more than 1,500 Lebanese liras.
One thinks with dread of what would happen if, for want of money and good will, so many villages, which cost such pains to rescue from their misery, had to be abandoned once more to their fate. But the work is of public utility and far too fine to disappear. And no doubt a Providence keeps watch, which will know, through the most varied difficulties, how to bring at the needed time the needed help.
« Il y a une grande misère dans les villages . . . . . . . . . . . . . » Ce vers si poignant de Georges Chéhadé, résume en peu de mots l'origine d'une très grande œuvre — En effet, la crise aigue des années qui précédèrent la dernière grande guerre, ayant rendu la situation dans la montagne presque tragique, la pauvreté consécutive au chômage devenait si inquiétante qu'un véritable exode rural était à redouter, mettant en danger l'avenir des paysans, compromettant peut-être définitivement le patrimoine des belles vertus ancestrales transmises de génération en génération
Il fallait à tout prix enrayer le mal à ses débuts, ou tout au moins en limiter les dégâts...
Grâce à l'admirable et courageuse initiative de Madame Emile Eddé, secondée dans son dévouement par une élite des dames de la meilleure société, le redressement de l'Artisanat libanais, œuvre nationale entre toutes, devait naître sans tarder. En ressuscitant les beaux métiers d'autrefois, qui avaient fait le renom de l'Artisanat libanais, on pouvait venir en aide à des centaines de familles, tout en leur permettant de rester chez elles.
Comme toutes les entreprises de cette envergure, l'Artisanat a eu depuis sa fondation à affronter les plus grandes difficultés pour vivre et se développer.
Il fallait, avant tout, connaître les besoins du pays, étudier de près les possibilités des villages, faire prospérer les métiers déjà existants, les faire revivre là où ils avaient périclité, les créer même là où il n'y en avait jamais eu.
De plus, il fallait recruter les bonnes volontés, trouver une Salle d'Exposition au centre de la Capitale, assurer l'écoulement des produits, et surtout financer l'œuvre.
Une loterie permit de réunir les premiers fonds. Un peu plus tard, l'aide gouvernementale, des dons individuels, les cotisations et surtout la générosité des Emigrés, rendirent possible la pleine réalisation du projet. L'œuvre était lancée, non sans peine certes, mais les résultats furent tout de suite consolants. Des marraines étaient données à chaque village pour distribuer le travail, surveiller son exécution, et aider au perfectionnement de la production — très vite, il faut le reconnaître, elles inculquèrent aux artisans le goût du travail bien fait, et le public fit un accueil chaleureux à leurs efforts. La guerre arracha momentanément le remarquable essor. Les matières premières devenaient rares et hors de prix. Les moyens de transport difficiles et coûteux. L'Amérique n'envoyait plus rien. Il fallait faire face à la situation nouvelle. Les Dames de l'œuvre se dépensèrent sans compter, pour suppléer à toutes ces déficiences, et leur zèle ne tarda guère à être récompensé.
« L'Artisanat connut, grâce à elles, une grande extension. Les importations étant impossibles du fait de la guerre, les commandes locales se firent plus nombreuses, mieux rétribuées. »
La Salle d'Exposition, sise à l'entresol du Parlement devint très achalandée, le chiffre de vente augmenta les cotisations, les souscriptions, les dons affluèrent.
L'Artisanat rayonna à travers toute la montagne. Une quarantaine de villages furent visités. Plus de mille ouvriers reçurent du travail.
Ces dernières années, le rétablissement des communications avec l'extérieur a diminué l'intensité de la production. La facilité des échanges avec l'Etranger, l'affluence énorme et à prix modique des objets manufacturés sur le marché, la difficulté où l'on se trouve toujours d'avoir certaines matières premières — tels, le raphia et le filé de coton continuent à provoquer un ralentissement dans la vente de nos produits. Certains villages ont dû être abandonnés faute de matières premières.
D'autres ont vu leurs commandes diminuer. Par contre quelques uns demeurent très prospères, grâce à la qualité exceptionnelle de leur production et au zèle inlassable de leurs marraines toujours dévouées, toujours fidèles, toujours infatigables, poursuivant sans relâche la tâche ardue qu'elles ont bien voulu assumer. Les tissages de Zouk continuent à être extrêmement prisés. Les layettes de laine de Gazir, la dentelle de laine de Haret Sakr, la vannerie de Majdalaya, les soquettes, les gants la dentelle à l'aiguille de Araya. Les chandails de Djebeil,
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les broderies de Jounieh et ses environs, les lainages de Choueifat, la dentelle bretonne de Deir-El-Kamar et Beitdine, les services américains de Hsarat, la lingerie fine et les tricots de luxe de Beyrouth toujours très en vogue, rendent un hommage éloquent au travail soigné des artisans, comme au dévouement et à la compétence des personnes chargées de l'entreprise.
Bien que le chiffre d'affaires ait atteint 200.000 (deux cent mille) livres libanaises, les rentrées constituées par les cotisations annuelles et les dons ne représentent plus que 1.500 Livres Libanaises.
On songe avec effroi à ce qui arriverait si faute d'argent et de bonne volonté, il fallait à nouveau abandonner à leur sort tant de villages que l'on a eu tant de peine à arracher à leur misère. Mais l'œuvre est d'utilité publique et beaucoup trop belle pour disparaître. Et sans doute Une Providence veille, qui saura à travers les difficultés les plus diverses, apporter au temps qu'il faut l'aide qu'il faut.
Broderies executées à l'Artisanat Libanais où l'on peut apprécier la finesse et le sens décoratif
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