poetry · Issue No. 11, December 1948 · p. 42
Elegy on the Death of a Friend (Abu al-'Ala' al-Ma'arri)
Élégie sur la Mort d'un Ami (Aboul Ala' Alma'arri) · Evelyne Bostrous (traduction)
Reason, faith — what matter to you, O my soul, the tears of a wailing mourner,
Or the modulations of a singer!
Alike, as soon as one compares them,
Are the moans of death and those of a birth.
At the top of its softly swaying branch,
Do I know whether this dove is cooing or lamenting?
Friend! our tombs cover vast spaces,
But where are the tombs from the time of "Ad"?
All that remains of them is the dust you tread.
Ah! lighten your steps upon the earth;
Even after so long, to forget that we walk upon the bodies of our fathers is sacrilege.
Tombs overflowed how many times!
How many contrasts you take in!
In the long course of the past and of the ages,
How many are buried upon buried heaps.
Tombs choked full, half-opened by the laughter of what they know and see.
. . . . . . . . .
O life! So surprising an accumulation of miseries
That nothing is more surprising than the human care to prolong it.
Joys of births, what do you weigh
Against the moments of agony!
Creature conceived to endure,
The error is to consider you mortal.
In truth we do but pass
From one animate universe into another universe... painful? Ineffable?
To stretch out in a sleep that rests the body —
Is that dying, when the soul was but burning low, in a sleeplessness?
Raison, foi, Que t'importent O mon âme les larmes d'une pleureuse.
Ou les modulations d'un chanteur !
Ressemblants dès qu'on les compare
Sont les gémissements de la mort et ceux d'une naissance.
Au sommet de sa branche mollement balancée,
Sais-je si ce pigeon roucoule ou geint ?
Ami ! nos tombes recouvrent de vastes espaces
Mais où sonts les tombes du temps des «Ad» ?
Tout ce qui reste d'elles est la poussière que tu foules.
Ah ! allége tes pas sur la terre ;
Même après si longtemps, oublier que l'on marche sur les corps
[de nos pères est sacrilège.
Tombes maintes fois débordées !
Combien vous accueillez de contrastes !
Dans le long parcours du passé et des temps
Que d'ensevelis sur des amas ensevelis.
Tombes engorgées, entr'ouvertes par le rire de ce qu'elles savent
[et voient.
. . . . . . . . .
O vie ! Cumul si surprenant de misères
Que rien n'est plus surprenant que le souci humain de la prolonger.
Joies des naissances que pesez vous
En égard des instants d'agonie !
Créature conçue, pour durer
L'erreur est de te considérer mortelle.
Nous ne faisons en vérité que passer
D'un univers animé dans un autre univers... douloureux? Ineffable ?
S'étendre dans un sommeil qui repose le corps
Est-ce mourir lorsque l'âme n'était qu'en veilleuse, dans une insomnie?
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