article · Issue No. 4, April 1949 · p. 52 p. 53
WOMAN'S MISSION
MISSION DE LA FEMME · Mona Haïk
WE shall try to examine sincerely the role that has been entrusted to us women, and to see whether we are truly carrying out what is expected of us as Lebanese women. What is our mission? It is a question worth asking, for only when one becomes conscious of one's role, even the most effaced, the most modest of roles, is one happy.
We have not yet become conscious of our role; the young girls of today find themselves at a loss; more than one spends her time dressing herself in fine attire and surrounding herself with fine novels. It is certainly our duty to have an outward appearance as agreeable as possible and in perfect harmony with our personality; but let us not forget that we have a soul which must be attended to as well.
How many young girls waste their time, their strength, their aptitudes, their gifts, and their chance of happiness. They do not know that Society needs them, that they can be very useful.
For today we are witnessing a great world upheaval; thinkers and men of science are bewildered. A century ago, it was believed that modern discoveries would ensure the happiness and greatness of humanity. Today, a tragic discord has appeared between the dazzling success of technology and the withering of civilization.
"Through Scientific Knowledge," said Dr. Lavalée, "we have become demigods; through our morals we have rejoined the barbarians."
Lebanon shares, in a relative way, in this general phenomenon. We have one of the most beautiful countries in the world, but a spectacle, a landscape has meaning only through a culture, a civilization. We must therefore give Lebanon a fine civilization, more flourishing still.
What of our state of mind? Out of vanity, and perhaps because we are superficial, we remain too attached to the façade, to appearances in everything. To build the Lebanon of tomorrow, we must be assured that the higher forces of this country and its deeper values will in no case give way. This is, decisively, a question of education and of morals. Civilization! Morals!
Now, in every epoch of history, for good or for ill, if man has made the laws, woman has made the morals; if man has, in general, held authority, woman has exercised influence.
It is we, therefore, who make the morals, the culture, the civilization. It is upon us that the most important and the most difficult task falls, because it cannot be made concrete, well defined, well delimited. To the task of mother, then, we join that of educator and inspirer.
To be able to exercise a good influence, it is not enough to wish it; one must oneself possess a solid culture, a sound judgment, and an inner richness ceaselessly renewed. It is women who create the atmosphere favorable to the flowering of art, science, and culture. But to create this atmosphere, one must flower oneself, must develop one's faculties and natural gifts. Let us seek, then, to instruct ourselves, to see clearly, to have a clear idea of the beings and the things that surround us.
Let us cultivate our critical sense, our artistic and literary taste, our fine discernment, which is perhaps the most specifically feminine quality.
You cannot shine with all the brilliance of your personality unless you seek true science, instruction, culture; unless you try to put your knowledge at the service of Society, each according to her gifts. And it is then that you will have a just idea of the scale of values,
it is then that you will know how to place above all else the spiritual values, fineness of judgment and of eye, loftiness of views, moral quality, courage, daring, disinterestedness, and one's conduct as a citizen. Money, honors, glory increase happiness, but they cannot create it alone; the affections create happiness.
It is not for us to create masterpieces but to inspire them, to call them forth, to make them possible. Whether in our homes, in our schools, in our universities, in our salons, let us try to create this atmosphere, always stamped with our fine discernment, our refined taste, our broad and just view, that distinction made of a certain elevation in ideas and feelings, joined to an extreme simplicity in manners and language.
We shall thus have devoted our heart and our intelligence to making prevail the type of the beautiful, the true, and the good, and to giving the Lebanese woman models with whose help she may reconcile her eternally unchanging mission of mother with the eternally changing one of educator and inspirer.
NOUS allons essayer d'examiner sincèrement le rôle qui nous a été confié, à nous autres femmes, et de voir si nous sommes vraiment en train de réaliser ce qu'on attend de nous en tant que libanaises. Quelle est notre pression ? C'est une question qui vaut la peine d'être posée, car quand on prend conscience de son rôle même le plus effacé, le plus modeste, alors seulement on est heureux.
Nous n'avons pas encore pris conscience de notre rôle, les jeunes filles d'aujourd'hui se trouvent être déroutées, plus d'une passe son temps à s'habiller de beaux atours et à s'entourer de beaux romans. Il est certes, de notre devoir, d'avoir un aspect extérieur aussi agréable que possible et en parfaite harmonie avec notre personnalité ; mais n'oublions pas que nous avons une âme dont il faut s'occuper aussi.
Que de jeunes filles perdent leur temps, leurs forces, leurs aptitudes, leurs dons et leur chance de bonheur. Elles ne savent pas que la Société a besoin d'elles, qu'elles peuvent être très utiles.
Car, aujourd'hui, nous assistons à un grand bouleversement mondial, les penseurs, les savants sont déroutés. Il y a un siècle, on croyait que les découvertes modernes assureraient le bonheur et la grandeur de l'humanité. Aujourd'hui, une tragique discordance est apparue entre l'éblouissante réussite de la technique et le dépérissement de la civilisation.
« Par le Savoir Scientifique », disait le Docteur Lavalée, « nous sommes devenus des demi-dieux, par les mœurs nous avons rejoint les barbares ».
Le Liban participe, d'une façon relative, à ce phénomène général. Nous avons un des plus beaux pays du monde, mais un spectacle, un paysage n'a de sens, sinon à travers une culture, une civilisation. Nous devons donc donner au Liban une belle civilisation plus florissante encore.
Qu'en est-il de notre état d'esprit ? Par vanité et peut-être parceque nous sommes superficiels, nous restons trop attachés à la façade, aux apparences en tout. Pour construire le Liban de demain, il faut l'assurance que les forces supérieures de ce pays et ses valeurs profondes ne fléchiront en aucun cas. C'est d'une façon décisive, une question d'éducation et de mœurs. Civilisation ! Mœurs !
Or, à toutes les époques de l'histoire, pour le bien ou pour le mal, si l'homme a fait les lois, la femme a fait les mœurs, si l'homme a, en général, détenu l'autorité, la femme a exercé l'influence.
C'est donc nous, qui faison les mœurs, la culture, la civilisation. C'est à nous qu'incombe la tâche la plus importante et la plus difficile, parcequ'elle ne peut être concrétisée, bien définie, bien limitée. Nous joignons donc à la tâche de mère, celle d'éducatrice et d'inspiratrice.
Pour pouvoir exercer une bonne influence, il ne suffit pas de le vouloir, il faut posséder soi-même une culture solide, un jugement et une richesse intérieure sans cesse renouvelée. Ce sont les femmes qui créent l'atmosphère favorable pour l'épanouissement de l'art, la science, la culture. Mais pour créer cette atmosphère, il faut s'épanouir soi-même, développer ses facultés et ses dons naturels. Cherchons donc à nous instruire, à voir juste, à avoir une idée claire des êtres et des choses qui nous entourent.
Eduquons notre sens critique, notre goût artistique et littéraire, notre fin discernement qui est peut-être la qualité la plus spécifiquement féminine.
Vous ne pouvez rayonner de tout l'éclat de votre personnalité que si vous cherchez la vraie science, l'instruction, la culture ; que si vous essayez de mettre vos connaissances au service de la Société, chacune selon vos dons. Et c'est alors que vous aurez une idée juste de l'échelle des valeurs,
c'est alors que vous saurez placer, au dessus de tout, les valeurs spirituelles, la finesse du jugement et du regard, la hauteur des vues, la qualité morale, le courage, l'audace, le désintéressement et le comportement comme citoyen. L'argent, les honneurs, la gloire augmentent le bonheur mais ne peuvent le créer seules, les affections créent le bonheur.
Il ne s'agit pas pour nous de créer des chefs-d'œuvres mais de les inspirer, les susciter, les rendre possibles. Que ce soit dans nos foyers, dans nos écoles, dans nos universités, dans nos salons, essayons de créer cette atmosphère, toujours empreinte de notre fin discernement, de notre goût raffiné, de notre vue large et juste, de cette distinction faite d'une certaine élévation dans les idées et les sentiments, avec une extrême simplicité dans les manières et le langage.
Nous aurons ainsi consacré notre cœur et notre intelligence à faire prévaloir le type du beau, du vrai et du bien et à donner à la femme libanaise, des modèles à l'aide desquels elle puisse concilier sa mission éternellement pareille de mère avec cette éternellement changeante d'éducatrice et d'inspiratrice.
Mona Haïk
Translation and transcription are machine-made and may contain errors. See it on the page.