lacets ascendants qui découvraient des sites d'une beauté saisissante. Debbas avait entrepris nombre de réformes ; et il en projetait dans tous les domaines. La politique et ses rêts disposés par plus puissants que lui, l'entravait. « Le problème n'est pas le défaut de compétences », me confiait-il, et « nous ne manquons pas d'hommes » mais il lui était imposé d'équilibrer les faveurs.
« Ah ! si les émigrés nous revenaient » soupirait-il.
Je le poussais à plus de cran. Il souriait sans répondre. De toute évidence il n'était pas libre.
Cette lettre, Consine, ne vise pas à de l'histoire encore moins à de stériles critiques. Elle est pour te dévoiler mes racines.
Du temps à passé, Le Liban est aujourd'hui libre, et sa liberté à sept ans d'âge. C'est jeune pour un peuple qui tel Lazare n'a pas laissé ses infirmités au tombeau. Par surcroît mon Lazare fut aussitôt trahi. Ses plus puissants parrains ceux-là même qui l'ont tendrement nommé, « Benjamin de nos constitutions » ont placé des loups sur sa frontière.
Regretté-je aujourd'hui ma rentrée au bercail ?
L'idéal qui animait les émigrés libanais — contaminé par le matérialisme des pays scientifiques — les a désertés. Nous sommes surpeuplés de réfugiés palestiniens. L'hiver, ils grelottent sous la neige dans l'abri précaire de pauvres tentes. La horde de tous les malheureux juifs ruée sur l'étroite Palestine refuse leur repatriement. Des alliés tout-puissants secondent le rapt qui menace aussi notre sécurité. Trancherai-je à présent mes racines libanaises. Mon cousine !
Car ce n'est pas que pour vous respirer matins libanais, ni seulement pour entendre le silence de vos sommets que mes racines tiendront. Des saints morts depuis trente ans se reveillent et par des prodiges m'ordonnent de persévérer. Par eux une grâce m'a été dévoluée. J'ai vu et entendu les petits enfants du Liban.
Leurs jeux consistent à illustrer la montagne de « squares » comme en Grande Bretagne, de frontons d'Eglises comme Amiens et de forts dont ils disputent la défense. Comment renoncerais-je ?
Pied à pieds et de leurs propres mains, leur vieux grands parents ont retourné, défriché, bêché et peigné la terre libanaise devenue par leurs soins un jardin. Leurs petits enfants le continueront.
Un million d'hommes au cœur aussi trempé étudieront, sculpteront, bâtiront et chanteront si bien le Liban qu'il deviendra dans le moyen Orient, « LE JARDIN DE LA PAIX ». Comme dans d'autres pays où il est habituel que chacun lègue à sa patrie au moins une obole, chacun de nous enrichira comme il peut le bienaimé patrimoine.
Cousine, le bonheur consiste à créer et semer. Les états puissants n'ont pas besoin de nous. Venez ! Plus que jamais nos terres redeviennent le refuge des esprits et le pays des miracles. Parce que nous ne possédons ni mines d'or ni nappes enrichissantes les dieux nous aimerent et les saints continuent. Vous avez sûrement entendu parler de celui qui aujourd'hui rend l'ouïe aux sourds et la vue aux aveugles. Comme ces miraculés le Liban à sa raison d'être sa mission de paix et d'amour à remplir. Et il la remplira par la grâce de Dieu!.. Ah Venez !
