article · Part of No. 11, December 1948, English section (pages 1–13) · p. 8
Is Music a Social Factor?
La Musique est-elle un facteur social ? · Maguy Achkar
The examples of the grave and tragic hour through which we are now living have clearly shown that the artist, too, is one of the "leaders" of society. He cannot withdraw from the open struggle and nestle in the security and seclusion of the ivory tower of his words, of his pathetic dreams.
For art is a creative process, the result of man's creative act. The artist's mission consists not only in reflecting his epoch, his surroundings, and the life of his people, but also in shaping the conscious spirit of the masses, in drawing his inspiration from the pathos of their constructive efforts. The artist must awaken his people from a passive acceptance of art and restore their interest in it, for it has been rightly said that "the primordial force which serves as the basis of universal culture lies in the active participation of the masses." In music, we stand in a dangerous impasse. From the beginning of the twentieth century, music, formerly the privilege of the "initiated," became in time accessible to broad layers of society, creating a "mass initiation" of listeners into the sphere of musical art. The spreading of music among the masses at too rapid a pace was the cause of a profound misconception of music, taken as a means of "distraction" and "enjoyment" to be passively assimilated by the listener. Music must be listened to in a creative way. Only an active love can lead to an understanding of art and of its lasting value. It is for the musical artist to rectify this fundamental error, to combat the inertia of the passive listener, to create in the mind and the conscience of the great masses who listen the meaning of music, an art of eternal values.
The great artists of every epoch have been active builders and conquerors, breaking the passivity and the resistance of matter. They shaped the structure of life, of culture, and of art for many centuries, for a multitude of generations. In our day, it may be that we no longer have a Plato in philosophy, a Shakespeare for the drama, a Tolstoy or a Racine in literature, a Michelangelo in painting, a Rodin in sculpture, or a Beethoven in music. But we possess their heritage. The era of the colossi may be over, but the weight of the responsibility for security and progress in art and culture rests at present upon their spiritual disciples, whose number grows with each new generation and the birth of each century. Are we prepared to face this formidable task? Have we the courage to break with the banality of mere "enjoyment" and enter the kingdom of pure joy to which music belongs? Have we the power to free music from all that is superficial and foreign to its ideal?
O you artists! You above all must devote your lives to the service of humanity, ready to sacrifice your well-being in the presence of the world's grave economic crisis.
Never yet has history offered so vast an opportunity to prove that you have in truth the right to live and to serve humanity, that you are men of heart, of head, and of well-tempered soul.
May your ascending love, and your passion for art, come down again upon you in the form of love and understanding for humanity.
Les exemples de l'heure si grave et tragique que nous vivons actuellement, ont nettement montré que l'artiste est aussi l'un des «leaders» de la société. Il ne peut se retirer de la lutte ouverte et se blottir dans la sécurité et la réclusion de la tour d'ivoire de ses paroles, de ses rêves pathétiques.
Car l'art est un processus créateur, résultat de l'acte créateur de l'homme. La mission de l'artiste consiste, non seulement à réfleter son époque, son entourage et la vie de son peuple, mais aussi à façonner l'esprit conscient des masses, à puiser son inspiration dans le pathétique de leurs efforts constructifs. L'artiste doit éveiller son peuple d'une passive acceptation de l'art et lui redonner un intérêt, car il a été dit, de juste façon que la force primordiale qui sert de base à la culture universelle, gît dans la participation active des masses ». En musique, nous sommes dans une impasse dangereuse. Dès le début du vingtième siècle, la musique, autrefois privilège des «inities», devint par la suite accessible à de larges couches de la société, créant une «initiation en masse» des auditeurs, dans la sphère de l'art musical. Le fait de répandre la musique dans les masses à une cadence trop rapide, fut cause d'une profonde méconnaissance de la musique en tant que moyen de «distraction» et de «jouissance» à être assimilé passivement par l'auditeur. La musique doit être écoutée d'une façon créatrice. Seul un amour actif peut conduire à une compréhension de l'art et de sa valeur durable. C'est à l'artiste musicien de rectifier cette erreur fondamentale, de combattre l'inertie de l'auteur passif de se créer dans l'esprit et la conscience des grandes masses qui écoutent la signification de la musique, art aux valeurs éternelles.
Les grands artistes, de toutes les époques, ont été d'actifs constructeurs et conquérants, brisant la passivité et la résistance de la matière. Ils ont façonné la structure de la vie, de la culture et de l'art pour de nombreux siècles, de multiples générations. De nos jours, il se peut que nous n'ayons plus un Platon en philosophie, un Shakespeare pour le drame, un Tolstoi ou un Racine en Littérature, un Michel-Ange en peinture, un Rodin en sculpture, ou un Beethoven en musique. Mais nous possédons leur héritage. L'ère des colosses est peut-être révolue, mais le poids de la responsabilité pour la sécurité et le progrès dans l'art et la culture repose à présent sur leurs disciples spirituels dont le nombre grandit avec chaque nouvelle génération et la naissance de chaque siècle : Sommes-nous préparés à faire face à cette tâche formidable ? Avons-nous le courage de rompre avec la banalité de la simple «jouissance» pour entrer dans le royame de la joie pure à laquelle la musique appartient ? Avons-nous le pouvoir de libérer la musique de tout ce qui est superficiel et étranger à son idéal ?
O vous artistes ! Vous devez tout particulièrement vouer votre vie au service de l'humanité, prêts à sacrifier votre bien-être en présence de la crise économique si grave du monde.
Jamais encore l'histoire n'a offert une opportunité si vaste pour vous prouver que vous avez en vérité le droit de vivre et de servir l'humanité, que vous êtes des hommes de cœur, de tête et à l'âme bien trempée.
Que votre amour ascendant, ainsi que votre passion pour l'art redescendent vers vous sous forme d'amour et de compréhension pour l'humanité.
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