Les exemples de l'heure si grave et tragique que nous vivons actuellement, ont nettement montré que l'artiste est aussi l'un des «leaders» de la société. Il ne peut se retirer de la lutte ouverte et se blottir dans la sécurité et la réclusion de la tour d'ivoire de ses paroles, de ses rêves pathétiques.
Car l'art est un processus créateur, résultat de l'acte créateur de l'homme. La mission de l'artiste consiste, non seulement à réfleter son époque, son entourage et la vie de son peuple, mais aussi à façonner l'esprit conscient des masses, à puiser son inspiration dans le pathétique de leurs efforts constructifs. L'artiste doit éveiller son peuple d'une passive acceptation de l'art et lui redonner un intérêt, car il a été dit, de juste façon que la force primordiale qui sert de base à la culture universelle, gît dans la participation active des masses ». En musique, nous sommes dans une impasse dangereuse. Dès le début du vingtième siècle, la musique, autrefois privilège des «inities», devint par la suite accessible à de larges couches de la société, créant une «initiation en masse» des auditeurs, dans la sphère de l'art musical. Le fait de répandre la musique dans les masses à une cadence trop rapide, fut cause d'une profonde méconnaissance de la musique en tant que moyen de «distraction» et de «jouissance» à être assimilé passivement par l'auditeur.
La musique doit être écoutée d'une façon créatrice. Seul un amour actif peut conduire à une compréhension de l'art et de sa valeur durable. C'est à l'artiste musicien de rectifier cette erreur fondamentale, de combattre l'inertie de l'auteur passif de se créer dans l'esprit et la conscience des grandes masses qui écoutent la signification de la musique, art aux valeurs éternelles.
Les grands artistes, de toutes les époques, ont été d'actifs constructeurs et conquérants, brisant la passivité et la résistance de la matière. Ils ont façonné la structure de la vie, de la culture et de l'art pour de nombreux siècles, de multiples générations. De nos jours, il se peut que nous n'ayons plus un Platon en philosophie, un Shakespeare pour
le drame, un Tolstoi ou un Racine en Littérature, un Michel-Ange en peinture, un Rodin en sculpture, ou un Beethoven en musique. Mais nous possédons leur héritage. L'ère des colosses est peut-être révolue, mais le poids de la responsabilité pour la sécurité et le progrès dans l'art et la culture repose à présent sur leurs disciples spirituels dont le nombre grandit avec chaque nouvelle génération et la naissance de chaque siècle : Sommes-nous préparés à faire face à cette tâche formidable ? Avons-nous le courage de rompre avec la banalité de la simple «jouissance» pour entrer dans le royame de la joie pure à laquelle la musique appartient ? Avons-nous le pouvoir de libérer la musique de tout ce qui est superficiel et étranger à son idéal ?
O vous artistes ! Vous devez tout particulièrement vouer votre vie au service de l'humanité, prêts à sacrifier votre bien-être en présence de la crise économique si grave du monde.
Jamais encore l'histoire n'a offert une opportunité si vaste pour vous prouver que vous avez en vérité le droit de vivre et de servir l'humanité, que vous êtes des hommes de cœur, de tête et à l'âme bien trempée.
Que votre amour ascendant, ainsi que votre passion pour l'art redescendent vers vous sous forme d'amour et de compréhension pour l'humanité.
