Le village libanais est exquis : accroché au flanc de la montagne, tout coquet et riant, il réjouit l'œil par sa netteté et l'accueil aimable de ses habitants.
C'est un plaisir pour le touriste, de franchir le seuil d'une de ses maisons et d'admirer le bel ordre des matelas empilés sous la couverture, attendant la nuit pour être étendus et recevoir les membres las du paysan qui a bien gagné sa journée.
Le fumet de la « mejjadara » s'échappe délicieusement de la marmite et l'on comprend alors qu'Esaü ait vendu son droit d'aînesse pour un plat de lentilles.
Le village libanais est accueillant : non point que la richesse y règne ! A l'encontre des paysans d'autres pays, le
nôtre n'est pas thésauriseur. Le bas de laine, il ne le connaît guère. Insouciant du lendemain, il aime la bonne vie, l'« arack » et les « mezzé » qui lui font oublier les soucis de l'heure. Maître de sa maisonnette et du lopin de terre qui l'entoure, il s'en contente et vit comme un prince dans un paysage idyllique qui l'incite à la poésie.
Aussi la plupart de nos poètes troubadours sont d'origine villageoise : le moindre pâtre, sur ses pipeaux, improvise une ode à Leïla, lorsque le troupeau regagne docilement l'étable.
La douceur des soirs d'été inspire le rêve, crée les images : et quoi de plus doux que nos nuits libanaises avec le ciel étoilé toujours pur au dessus de nos têtes.
Quoi de plus enchanteur que les réunions au bord de l'eau, à l'heure où les jeunes filles portant l'amphore viennent puiser l'eau nécessaire aux soins du ménage ; gracieusement, elles plient la taille, offrant à boire aux passants. C'est l'heure des caquetages, toute la vie du village se concentre en ces minutes reposantes précédant les dernières lueurs du jour qui s'éteint.
D'ailleurs c'est tout le long de l'année que le Liban chante ; un peu comme la cigale, il se laisse volontiers conduire par le « dabké » et le « ataba ».
C'est en chantant que les filles de Jounieh et de Sarba, devant le panorama magnifique de la baie fameuse où le Vénéré Patriarche Hoyek laissa tomber son anneau, apprenaient à broder sous le regard patient des Dames de


