Raison, foi, Que t'importent O mon âme les larmes d'une pleureuse.
Ou les modulations d'un chanteur !
Ressemblants dès qu'on les compare
Sont les gémissements de la mort et ceux d'une naissance.
Au sommet de sa branche mollement balancée,
Sais-je si ce pigeon roucoule ou geint ?
Ami ! nos tombes recouvrent de vastes espaces
Mais où sonts les tombes du temps des «Ad» ?
Tout ce qui reste d'elles est la poussière que tu foules.
Ah ! allége tes pas sur la terre ;
Même après si longtemps, oublier que l'on marche sur les corps
[de nos pères est sacrilège.
Tombes maintes fois débordées !
Combien vous accueillez de contrastes !
Dans le long parcours du passé et des temps
Que d'ensevelis sur des amas ensevelis.
Tombes engorgées, entr'ouvertes par le rire de ce qu'elles savent
[et voient.
. . . . . . . . .
O vie ! Cumul si surprenant de misères
Que rien n'est plus surprenant que le souci humain de la prolonger.
Joies des naissances que pesez vous
En égard des instants d'agonie !
Créature conçue, pour durer
L'erreur est de te considérer mortelle.
Nous ne faisons en vérité que passer
D'un univers animé dans un autre univers... douloureux? Ineffable ?
S'étendre dans un sommeil qui repose le corps
Est-ce mourir lorsque l'âme n'était qu'en veilleuse, dans une insomnie?

