Elle a fait beaucoup. Elle peut
faire encore plus. Elle a encore
beaucoup à faire.
Toute une catégorie de ses
sœurs est absente, soustraite à la
structure créatrice de l’ordre so
cial. Ce sont des femmes que les
préjugés paralysent. Je pense à la
femme des villes. A la campagne,
le comportement diffère totale
ment. La femme participe aux
travaux des champs. Elle est l’é
gale de l’homme. Elle est effecti
vement sa femme. Je me souviens
d’une cause criminelle qui avait
attiré à Beyrouth tous les habitants
d’un petit village de la Békaa.
Hommes et femmes également
grands, forts et colorés, noblement
et proprement vêtus. J’ai noté le
respect dont ces femmes étaient
entourées, leur conscience d’elles-
mêmes, leur santé physique et mo
rale assise sur une structure fami
liale et une fière paysannerie.
Si la sobriété spartiate a des
tenants aujourd’hui, me suis-je
dit, c’est sur le visage de ces hom
mes et de ces femmes que j’en
découvre les fiers stigmates.
Malheureusement, dans les
villes, la femme du peuple, forme
aveugle, est privée de toutes les
lumières. Et cette pression coïn
cide avec une vie familiale dimi
nuée, primaire.
On ne cite point la femme par
son nom, mais on y fait vaguement
allusion. Ces formules évasives,
par exemple.
— Les gens !
— Ceux qui sont à la maison.
— La fille de l’oncle, sauf votre
respect.
Femmes responsables du Liban,
femmes dignes de ce nom, vous
devez rendre à l’activité toutes ces
forces inemployées.
Plus que la houille blanche,
l’activité de tous est précieuse.
Le Liban est un trop petit pays
pour renoncer au concours de l’un
quelconque de ses habitants.
Victor Hakim
Mars 1949.

