données pour les terrasses et les fenêtres déjà obstruées de silhouettes, sans autre visage qu’un voile blanc.
On entend distinctement un haut parleur, dont peu après la voix change. Entre un discour ou l’autre, ou des oraisons, un mot d’ordre est alternativement répété:
« Pas de lamentations ».
Une fois de plus nous admirons la discipline druze.
Le ménage qui m’accompagne ayant annoncé à des connaissances la Présidente de la Ligue Féminine Libanaise et Mme Naggiar, deux guides nous ouvrent la route écartant courtoisement les obstacles. Le sentier est affreusement gluant et raide. A son sommet on aperçoit l’agglomération des maisons de Moukhtara au centre de laquelle la «demeure»
de Nazira, son haut et double rang d’escaliers absolument recouvert de femmes. La route est devenue relativement praticable; les hommes seuls circulent, le sexe faible perché aussi haut que possible. Il semble que la partie féminine de Moukhtara soit laissée aujourd’hui à la dévotion de la morte, dont la baguette magique s’exerce encore pour elle. Floraison de voiles comme les amandiers d’il y a deux semaines, leurs pétales blancs recouvrent le coeur de la capitale druze.
Dans le silence recueilli, le haut parleur transmet des discours et l’injonction de réfreiner toute lamentation.
Nos guides fendent la vague d’hommes, têtes découvertes ou enturbannées à longues barbes noires ou vénérables. Ni bousculades, ni coups de
feu mais le : « place à la Délégation Féminine Libanaise » qui, comme un «sésame ouvre-toi » qui agissait jusqu’ici, est devenu vain. Il nous faut suivre nos guides dans un passage secret voûté.
D’entrées en entrées et de galeries en salons, nous atteignons l’immense hall où au centre d’un millier de femmes, trône sur une surélévation dernière, un catafalque ouvert. Reine vaincue seulement par la mort, une mousseline de soie transparente recouvre aux trois quarts, le visage jadis tant intelligent et affable de la morte. On ne distingue sur elle que du satin blanc sur lequel repose une croix de la Légion d’honneur.
J’ai cherché sans la trouver la médaille d’or du Mérite Libanais.
