cette tacite entente marque le 1er signe d'union des hommes de la Montagne. Et voici le petit garçon en train de recevoir son éducation de Maître CHEIVAN.
CHEIVAN s'arrête pour regarder son élève. Son âme d'oriental aime les énigmes, le symbolisme où se complaisent les initiés, les poètes et les diplomates. Le joug turc lui a appris à dissimuler sa pensée. Les heures grâcieuses autour d'une vasque où chante un jet d'eau lui ont donné le loisir de méditer sur les sens enchevêtrés des mots, et c'est cette science des hommes mûrs qu'il veut faire connaître à l'enfant assis à ses pieds, accroupi comme lui sur la même natte.
— N'oublie pas, ô mon Fils ! que la sympathie soit ta force. La force du Chef vient de l'amour des humbles. La tolérance sera la condition de l'union. Le pays est à chacun de nous. Maronites, Musulmans, Druzes, nous sommes tous attachés au même sol, différents et pourtant unis comme les cinq doigts de la même main. Celui qui saura se faire aimer de chacun, aura l'appui du pays entier, ce qu'aucun Emir n'a encore sû réaliser.
Un instant Fakhreddine imagine cette lointaine princesse TAIBE, dont le sort fut décidé par allégories. Puis il rêve d'une Emire très belle qu'il enleverait hardiment pour triompher deux fois de son ennemi.
Parfois vient assister à ces entretiens une femme vêtue d'étoffe sombre. Elle se tait et croise ses mains sous ses manches très longues. Mais le silence et le temps sont ses alliés. Il y a des yeux noirs qui voient plus loin que l'heure présente et déjà sourient à la victoire.
