article · Issue No. 6, June 1951 · p. 38 p. 39
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DES LIVRES · Eveline Bustros
BOOKS
Since his first works, and first among them Silbermann, the author — one of the best novelists of the age — has shown himself a great writer. He has not fallen short of himself. Olivier, the hero of "Le Pour et le Contre," is, I think, one of his faces. The novel has the sincerity of an autobiography, and nothing is more moving than this effort of a scrupulous conscience lying in wait for the instincts and the currents that lead it.
The subject — the plot, I mean — is attractive enough to interest any class of reader, but it wants readers of choice.
Olivier is an intellectual whom his select ancestry — the father a Consul of France in various foreign countries, the mother devoted to her son and to the cult of the departed — has prepared for the taste for travel, ardent curiosity, and scruples. Endowed with talent, with charm, and with a middling fortune, Olivier wavers between the joys of life and the need to approve of himself.
This theme is the guiding thread of the work, in which, as in a mirror, there file past women and temptations, and faults and consequences.
One of its attractions is that all the confessed lapses are plausible and all the characters engaging.
I do not know why "Le Pour et le Contre" reminded me of Aldous Huxley's "Point Counter Point" — which is certainly no criticism.
The work reads from one end to the other without effort and with interest, like a good detective novel. I do not say this in a disparaging sense — quite the contrary — and because the novel opens with a crime.
An author's talent is revealed by the faculty of making his readers accept the points of view he defends.
Here, it is the possible innocence of a refined woman who succumbs to the pull of the senses. A pull in which the senses alone took part, and which nonetheless reveals to her the fullness of joy.
A point of view that many women will judge debatable, but which men deserve some credit for accepting.
The workmanship of the book is excellent. It should not, however, be read after works like "Le Pour et le Contre."
Despite the bad taste and the ineffectiveness of peremptory epithets, one may, without exaggeration, declare this publication thrilling. Not only because of the renown of Paul Claudel and of André Gide, but because of all the literary, ideological, and psychological curiosities it satisfies. Letters that not only shed light on all the subjects that set these two great souls against each other, but disclose them in their intimacy, revealing their literary judgments on all the thinkers who, for a century, have nourished the last three generations.
Not the least curious thing is Claudel's irreverence toward geniuses such as Goethe, Nietzsche, Renan, Anatole France, etc. He is known to be more devoted to his duty as a Christian than to the service of his own glory. His grandeur and his typhoon's power are for him means of serving the Church.
One would like him more tender toward Christ. "The Church" he places before the Gospel, which he incidentally calls the "biographer" of a dead "man." His humility, however, surprises as much as his violence: the latter somewhat taints his literary judgments. In a letter replying to André Gide's confession, he ex-
...cuses himself for condemning him cruelly, confessing that the pull of the senses has often made of him a "greater sinner." We are not masters of our thoughts, he adds. One cannot deny André Gide's sincerity. It goes as far as cynicism. He explains it by his Protestant horror of "Comfort" — moral comfort, of course, that is to say, accommodation. He applies himself to understanding everything by speaking of it, even admitting that Claudel should vomit him forth. But, you see, he prefers to be vomited rather than to vomit.
The struggle of these two Titans — "steam-hammer and elf" — is stirring in its pathos.
One cannot help thinking, all the same, that it is vehement and passionate religious virtues like Claudel's that have caused the wars of religion. Charity does not suffice to put out such firebrands.
These few lines are quite superficial and hasty upon a work of which a whole volume would give only a vague idea.
DES LIVRES
Depuis ses premiers ouvrages, en tout premier lieu Siberman, l'auteur, un des meilleurs romanciers de l'époque, s'est révélé grand écrivain. Il ne s'est pas démenti. Olivier, le héros du « Pour et Contre » est, je pense, un de ses visages. Le roman a la sincérité d'une autobiographie et rien n'est plus émouvant que cet effort d'une conscience scrupuleuse à l'affût des instincts et des courants qui le mènent.
Le sujet, l'intrigue veux-je dire, est suffisamment attrayante pour intéresser n'importe quelle classe de lecteur, mais veut des clients de choix.
Olivier est un intellectuel que son ascendance choisie — le père. Consul de France en divers pays étrangers, la mère vouée à son fils et au culte du disparu — a préparé pour le goût des voyages, l'ardente curiosité et les scrupules. Doué de talent, de charme et d'une fortune moyenne, Olivier oscille entre les joies de la vie et le besoin de s'approuver.
Ce thème est le fil conducteur de l'ouvrage ou, comme dans un miroir, défilent femmes et tentations, et fautes et conséquences.
Un de ses attraits est que toutes les défaillances confessées sont plausibles et tous les personnages attachants.
Je ne sais pourquoi « Le Pour et le Contre » m'a rappelé « Contre Point » d'Aldous Huxley, ce qui certes n'est pas une critique.
L'ouvrage se lit d'un bout à l'autre sans effort et avec intérêt, comme un bon roman policier. Je ne dis pas cela dans un sens préjoratif, au contraire, et parce que le roman débute par un crime.
Le talent d'un auteur se révèle par la faculté de faire admettre à ses lecteurs les points de vue qu'il défend.
Ici, c'est l'innocence possible d'une femme raffinée qui succombe à l'entraînement des sens. Un entraînement où les sens seuls ont pris part et qui lui révèle quand même la plénitude de la joie.
Point de vue que beaucoup de femmes jugeront discutable mais que les hommes ont du mérite à admettre.
La tenue du livre est excellente. Il ne faut cependant pas le lire après des ouvrages comme « Le Pour et le Contre ».
Malgré le mauvais goût et l'inefficacité des qualificatifs péremptoires, on peut, sans exagérer, déclarer cette publication passionnante. Non seulement par la notoriété de Paul Claudel et d'André Gide, mais par toutes les curiosités littéraires, idéologiques et psychologiques qu'elles satisfont. Lettres n'éclairant pas seulement tous les sujets ayant opposé ces deux grades âmes, mais les découvrant dans leur intimité, révélant leurs jugements littéraires sur tous les penseurs qui, depuis un siècle, ont nourri les trois dernières générations.
Le moins curieux n'est pas l'irrévérence de Claudel pour des génies tels que Goethe, Nietzsche, Renan, Anatole France, etc. On le sait plus appliqué à son devoir de chrétien qu'à servir sa propre gloire. Sa grandeur et sa puissance de typhon lui sont des moyens de servir l'Eglise.
On l'aimerait plus tendre avec le Christ. « L'Eglise », il la fait passer avant l'Evangile qu'il qualifie incidemment de « biographe » d'un « homme » mort. Son humilité cependant surprend autant que sa violence : celle-ci entache un peu ses jugements littéraires. Dans une lettre répondant à la confession d'André Gide, il s'ex-
...cuse de le condamner cruellement, avouant que l'entrainement des sens a fait souvent de lui-même un « plus grand pécheur ». Nous ne sommes pas maitres de nos pensées, ajoute-t-il. On ne peut nier la sincérité d'André Gide. Elle va jusqu'au cynisme. Il l'explique par son horreur protestante du « Comfort » Comfort moral, bien entendu, c'est-à-dire accomodement. Il s'applique à tout comprendre en y parlant, admettant même que Claudel le vomisse. Mais voyez vous, il préfère être vomi que vomir.
La lutte de ces deux Titans « marteau pilon et elfe » est pathétique.
On ne peut pourtant s'empêcher de penser que ce sont les vertus religieuses véhémentes et passionnées comme celles de Claudel qui ont causé les guerres de religion. La Charité ne suffit pas à étendre de tels brandons.
Ces quelques lignes sont bien superficielles et hâtives sur un ouvrage dont un volume entier donnerait une vague idée.
EVELINE BUSTROS.
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